JURISPRUNDENCES

 

L’amortissement exceptionnel exercé lors de la mise en rebut d’une immobilisation ne permet pas de bénéficier du crédit impôt recherche

 

En l’espèce, une société avait demandé le bénéfice du crédit impôt recherche en 2014 à l’occasion d’un amortissement exceptionnel. En effet, la société avait confectionné un prototype dont les dépenses de fabrication avaient été comptabilisées en immobilisations corporelles en cours jusqu’à l’exercice clos de l’année 2013. En 2014, la société a mis en rebut la machine après avoir constaté que celle-ci ne répondait pas aux attentes escomptées. Un amortissement exceptionnel avait alors été constaté pour lequel la société avait demandé le bénéfice du CIR.

La société avait saisi le tribunal administratif après le rejet par l’administration de la prise en compte dans le CIR de cet amortissement exceptionnel. Cette demande de valorisation au CIR fut également rejetée par le tribunal.

Dans un arrêt du 19 mai 2020, la Cour administrative d’appel de Bordeaux rejette la demande visant à obtenir le bénéfice du crédit impôt recherche au titre d’un amortissement exceptionnel. En effet, la Cour rappelle que seules les dotations aux amortissements des immobilisations affectées à des opérations de recherche étaient à prendre en compte dans le CIR.

La Cour rappelle également la distinction entre la mise en rebut et les cas de sinistre touchant les immobilisations permettant, au sens du a bis) de l’article 244 quater B, la prise en compte dans le CIR des dotations aux amortissements correspondant à la différence entre l’indemnisation d’assurance et le coût de reconstruction et de remplacement.

 

Ce qu’il faut retenir :

– Le rebut d’une machine est à distinguer des immobilisations touchées par des sinistres au sens du a bis) de l’article 244 quater B.

– L’amortissement exceptionnel constaté en cas de rebut d’une machine ne permet pas de bénéficier du CIR.

– Seules les dotations aux amortissements affectées à des opérations de recherche ouvrent droit au CIR.

Source : CAA de BORDEAUX, N° 18BX01407, 19 mai 2020

 

Arrêt d’espèce sur la qualification de prestations externalisées et prise en compte dans le CIR des dotations des équipements directement liés aux matériels rattachés à la recherche

 

En l’espèce, la société G avait sollicité la restitution de sa créance de CIR auprès du tribunal administratif. Ce dernier lui ayant accordé la réintégration des sommes demandées, relatives à des dotations aux amortissements et des prestations de R&D, le ministre de l’action et des comptes publics avait alors fait appel de la décision aux motifs que :

–             D’une part, les équipements en question ne permettaient pas en eux-mêmes la réalisation de programmes de recherche, ceux-ci n’étaient pas nécessaires au fonctionnement des matériels auxquels ils étaient reliés et n’étaient pas spécifiquement adaptés aux domaines de recherche de la société.

–             D’autre part, les sommes perçues à raison des prestations facturées à la société S ne pouvaient être prises en compte, « dès lors qu’elles rémunèrent des travaux de recherche effectués par la société G pour la société S ».

Sur les dotations aux amortissements, la Cour relève que l’administration fiscale a retenu dans les bases de calcul du CIR considéré, « les dotations aux amortissements afférentes aux ordinateurs et serveurs auxquels ces équipements informatiques sont directement liés en les estimant rattachés aux opérations de recherche interne selon un prorata de 69,8%. ». Elle note également que « le contrôleur baie de disques et les commutateurs permettent d’assurer un meilleur fonctionnement des matériels auxquels ils sont reliés ou leur sont complémentaires. »

Elle en conclut dès lors que « c’est à tort que le service a estimé que les dotations aux amortissements correspondantes ne pouvaient être regardées comme des dépenses éligibles au crédit d’impôt pour les dépenses de recherche (…), au prorata d’utilisation afférent à la recherche interne de la société retenu à hauteur de 69,8 %. »

Sur les sommes reçues au titre des prestations de R&D, la Cour observe que le contrat prévoit des « paiements d’étapes en cas de développement du produit » et que la société G demeure propriétaire de la propriété intellectuelle créée dans le cadre du programme. Il résulte ainsi selon elle de ces stipulations contractuelles que la société S « a externalisé la réalisation d’opérations de recherche précisément définies, dont elle entendait bénéficier des résultats et en a confié l’exécution à la SA G, en contrepartie du versement de sommes contractuellement déterminées. » La Cour en déduit que la société S « doit être regardée comme ayant ” confié ” à la SA G la réalisation d’opérations de recherche au sens et pour l’application de l’article 244 quater B susmentionné et ceci, alors même que les conventions auraient prévu une collaboration relativement poussée avec le prestataire, ce dernier prenant notamment à sa charge une part des efforts et des risques et pouvant bénéficier d’une fraction des résultats et des droits nés de ces opérations, et alors même que cette collaboration ne pourrait être qualifiée de relation de sous-traitance. »

La Cour juge en conséquence que c’est à bon droit que l’administration fiscale a porté en déduction des bases de calcul du CIR, les sommes facturées à la société S et dont elle n’avait ainsi pas supporté le coût final.

 

Ce qu’il faut retenir :

– Les dotations des équipements directement liés aux matériels rattachés à la recherche ouvrent droit au crédit impôt recherche ;

– Un contrat de collaboration peut être regardé comme une prestation de R&D externalisée ne permettant pas au prestataire de bénéficier du CIR.

 

SourceCAA de VERSAILLES, 28/05/2020, 18VE03123

 

PROCEDURE

 

En cas de saisine des tribunaux administratifs, la société requérante se doit de contester à hauteur de ce qui est défendu

 

En l’espèce, une société avait fait l’objet d’un contrôle fiscal à l’issue duquel le service avait remis en cause l’éligibilité de dépenses afférentes à trois projets pris en compte pour le calcul du crédit d’impôt pour l’année 2007. En conséquence, la société avait été mis en recouvrement à hauteur de 163 784 euros. Le tribunal administratif avait été saisi pour la défense de deux des trois projets.

La société avait par la suite fait appel du jugement du Tribunal administratif du fait du rejet de sa requête en reprochant le manque de motivation du service vérificateur et l’irrégularité de la procédure du fait que les projets aient été contre-expertisés par la même personne. La société avait alors présenté les conclusions d’une expertise réalisée par un Professeur à sa demande, afin de contester les avis défavorables émis sur ces deux projets.

La Cour administrative d’appel de Versailles, dans un arrêt du 28 mai 2020, a jugé que «malgré les projets puissent être regardés comme des opérations de recherche entrant dans le champ d’application de l’article 244 quater B du code général des impôts, « l’intéressée, qui se borne à solliciter globalement la décharge sollicitée à concurrence d’une somme, en droits et intérêts, de 184 748 euros et demande à la Cour d’ordonner le remboursement de la somme acquittée de 163 784 euros, somme mise en recouvrement (…) ne produit aucun élément chiffré permettant d’isoler celles se rapportant à ces deux seuls projets ».

De plus, la Cour reproche à la société de ne pas contester de façon sérieuse, le fait qu’une part des dépenses valorisées en dépenses externalisées correspondent à des prestations de développement Java et non à des prestations de recherche.

De ce fait, la Cour, faute de précisions sur ces deux points et donc de possibilité d’identifier le montant exact des dépenses éligibles au titre du crédit d’impôt pour les dépenses de recherche, rejette la demande de remboursement des sommes mises en recouvrement.

 

Ce qu’il faut retenir :

– Un découpage doit être fait par la société requérante entre les dépenses faisant l’objet d’un recours et la globalité des sommes mises en recouvrement.

Source : CAA de VERSAILLES, N° 18VE03180, 28 mai 2020

 

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